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dimanche 3 mars 2013

Politiques Mali: après Abou Zeid, les Tchadiens annoncent avoir tué l’islamiste Belmokhtar

L’armée tchadienne a annoncé avoir tué samedi le chef islamiste Mokhtar Belmokhtar dans le nord du Mali, après avoir affirmé vendredi avoir tué l’un des principaux chefs d’Al-Qaïda au Maghreb islamique, Abdelhamid Abou Zeid ce qui, si ces morts étaient confirmées, constituerait un sérieux revers pour les jihadistes.

Une capture d'écran non datée d'une vidéo où apparaît le chef islamiste Mokhtar BelmokhtarMokhtar Belmokhtar avait revendiqué l’attaque contre le site gazier algérien d’In Amenas le 16 janvier, suivie d’une prise d’otages. Selon Alger, 37 étrangers de huit nationalités différentes, dont trois Américains et un Algérien, y ont été tués par un commando de 32 hommes, dont 29 ont été tués et trois arrêtés.
«Les forces tchadiennes au Mali ont détruit totalement la principale base des jihadistes dans le massif de l’Adrar des Ifoghas, plus précisément dans la vallée d’Ametetai», samedi à 12H00 locales et GMT, a affirmé le même soir l’armée tchadienne dans un communiqué, précisant que «plusieurs terroristes» ont été tués», dont le chef Mokhtar Belmokhtar dit +le borgne+».
Le décès de Belmokhtar a été salué - s’il est confirmé - par le républicain Ed Royce, président de la commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants américaine. «Ce serait un rude revers pour l’ensemble des jihadistes opérant dans la région qui s’attaquent aux diplomates américains et aux salariés du pétrole», a déclaré M. Royce.
L’annonce de l’armée tchadienne intervient après celle vendredi par le président tchadien Idriss Déby de la mort d’un des principaux chefs d’Al-Qaïda au Maghreb islamique, Abdelhamid Abou Zeid, également tué par l’armée tchadienne, ce qui n’a pas été confirmée par Bamako, Paris ou Alger.
Mokhtar Belmokhtar est un ex-chef d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), organisation avec laquelle il est entré en dissidence en octobre dernier en formant sa propre unité combattante.
Le président Idriss Déby a déclaré vendredi soir que l’Algérien Abou Zeid avait été «abattu» par les soldats tchadiens au cours de violents combats dans les montagnes du nord-est du Mali, près de la frontière algérienne.
«Pas de commentaire» concernant la mort d’Abou Zeid, a-t-on déclaré laconiquement samedi à la présidence française.
Des résultats de tests ADN, actuellement effectués en Algérie, devraient être déterminants, selon la presse algérienne. Des officiers des services de sécurité algériens ont identifié l’arme mais pas le corps présenté comme celui du plus radical des chefs d’Aqmi, a rapporté samedi le journal algérien El-Khabar.
Ces officiers qui «traquaient depuis des années Abou Zeid, ont authentifié son arme qui était en possession des Français, mais ils n’ont pas été en mesure d’identifier formellement le cadavre», écrit El-Khabar, ajoutant que ni les forces françaises, ni maliennes, n’ont pu identifier le corps.
En Mauritanie, en l’absence de réaction officielle, l’agence en ligne privée Sahara Médias a écrit samedi avoir «pu confirmer» à partir de sources «extrêmement bien informées» dans le nord malien la mort du chef jihadiste, sans cependant préciser ces sources.
Doutes sur la mort d’Abou Zeid
Mais des experts entretiennent des doutes sur la mort d’Abou Zeid.
Le journaliste mauritanien Mohamed Mahmoud Ould Aboulmaali relève que «les Algériens l’ont plusieurs fois annoncée par le passé et que le président tchadien avait besoin d’une pareille annonce pour remonter le moral de ses troupes et de son opinion» après la perte de soldats.
Matthieu Guidère, un universitaire français, professeur d’islamologie, note aussi que ni Aqmi, ni aucun réseau islamiste n’ont confirmé l’information. «Or l’expérience montre que les jihadistes ne cachent jamais leurs morts et en font immédiatement un martyr».
Il souligne que la source initiale de l’information sont les renseignements algériens. «L’objectif serait d’obliger Abou Zeid à communiquer pour démentir sa mort (...) et ainsi relocaliser sa piste grâce aux moyens de surveillance».
«Je suis extrêmement dubitatif tant que ce n’est pas confirmé officiellement par les Algériens», ajoute un autre spécialiste français, consultant sur le terrorisme, Jean-Charles Brisard.
Quoi qu’il en soit, l’annonce de cette mort relance les inquiétudes sur les otages français au Sahel dont au moins six sont détenus par Aqmi. Pascal Lupart, président du comité de soutien à deux otages enlevés en novembre 2011 au Mali, dit craindre que les otages se retrouvent aux mains de «seconds couteaux», si c’est bien Abou Zeïd qui a été tué.
M. Guidère estime que «quand les jihadistes sont attaqués, les représailles sur les otages sont quasi systématiques». C’est dans ce contexte militaire défavorable aux jihadistes que se situe l’annonce de la mort d’Abou Zeid.
Un responsable malien de la sécurité évoque «un coup dur pour Aqmi», tout en prévenant qu’elle «ne signifierait pas du tout sa mort ou sa fin». Cette organisation «est très structurée et peut sans doute amortir le coup», fait aussi remarquer Mohamed Mahmoud Ould Aboulmaali, directeur de l’agence privée mauritanienne en ligne ANI et spécialiste d’Aqmi.
Les islamistes ne s’avouent pas vaincus pour autant.
«Nous avons livré un combat sans merci aux troupes maliennes avec leurs complices français à 60 km à l’est de Gao vendredi», a déclaré à l’AFP le porte-parole du Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’ouest (Mujao) Abou Walid Sahraoui;
Un soldat malien a affirmé au contraire que l’armée régulière y avait «détruit une base du Mujao» qui a eu «beaucoup de morts».

Source: Libération

Mali : un troisième soldat français tué lors de combats "acharnés" Un troisième soldat français a été tué samedi soir au Mali. Les combats sont féroces autour du sanctuaire d'Aqmi, dans l'Adrar des Ifoghas.





Les combats entre les soldats français et tchadiens et les djihadites font rage dans le massif des Ifoghas, au nord-est du Mali (photo d'illustration).





Les Français sont estomaqués par la résistance des djihadistes, qui mènent une véritable guérilla dans l'Adrar des Ifoghas, massif montagneux du nord-est du Mali. Un troisième soldat français, appartenant au 1er régiment de chasseurs parachutistes de Pamiers, a été tué samedi soir, a annoncé dimanche l'Élysée dans un communiqué. Vers 18 heures, alors qu'il montait avec sa section à l'assaut d'une position djihadiste, ce parachutiste soldat de première classe a été touché par le tir d'une arme ennemie, précise l'état-major des armées. Au cours de la journée de samedi, les Français ont tué 15 djihadistes, détruit trois pick-up et récupéré d'importants stocks de munitions. Ils ont également découvert de nombreuses armes "lourdes", à savoir des mortiers et des mitrailleuses de 14,5 mm.

Un château fort

L'Adrar des Ifoghas est beaucoup mieux défendu que ne le laissaient supposer les observations aériennes et satellitaires. Les soldats français se sont notamment trouvés face à des positions extrêmement bien préparées, avec des pick-up armés de mitrailleuses russes de 14,5 mm "embossés", c'est-à-dire protégés - y compris des frappes aériennes - par des levées de terre importantes, derrière lesquelles ils se dissimulent. Comme derrière les murailles d'un château fort. Résultat : ces positions sont difficilement conquises, et les combats sont "acharnés", selon une source militaire. Autre stupéfaction : les djihadistes ne se contentent pas de se défendre, mais attaquent courageusement leurs assaillants avec de simples armes d'infanterie. Une position retranchée française a ainsi fait l'objet d'un assaut, facilement repoussé sans doute, mais qui n'a laissé aucun survivant chez les assaillants ! Cette imbrication des combattants empêche les Français de déployer toute leur puissance de feu. Pour cet officier connaissant les conditions actuelles des combats, il est frappant de constater que les djihadistes ne cherchent nullement à fuir la zone des combats. Au contraire, affirme cette source militaire : "On ne sait pas s'ils défendent autre chose que leur sanctuaire, mais ils se battent ! Ils s'étaient dit que personne n'entrerait chez eux, et pourtant on va le faire... Et s'ils veulent mourir pour ça, on va les y aider !"

2 000 hommes engagés

Deux mille hommes sont engagés dans la prise de l'Adrar des Ifoghas, dont un bataillon de 800 soldats d'élite tchadiens appartenant aux FATIM (Forces armées tchadiennes d'intervention au Mali), commandés par le fils du président Idriss Déby, et 1 200 soldats français. Ces derniers appartiennent à deux unités : le 3e groupement tactique interarmes (GTIA 3), formé autour d'éléments du 1er RIMa (régiment d'infanterie de marine, NDLR), et le GTIA TAP (groupement tactique interarmes aéroporté, NDLR) dont l'ossature est fournie par le 2e REP (régiment étranger de parachutistes, NDLR). Des éléments du COS (commandement des opérations spéciales, NDLR) sont présents sur place en nombre indéterminé, mais faible. Le poste de commandement de la "brigade Serval" est installé à Tessalit, où sont basés les états-majors des GTIA 3 et GTIA TAP, et des FATIM. Des équipes médicales appartenant à une antenne chirurgicale avancée sont également installées à Tessalit, de même qu'un SGAM (sous-groupement aéromobile), un SGL (sous-groupement logistique) et une section de combat de l'armée malienne.

"Nid des guêpes"

Les services de renseignements militaires, mais aussi toute la communauté internationale du renseignement, sont persuadés que la "chaudière" d'al-Qaida au Maghreb islamique est installée dans l'Adrar des Ifoghas. Selon nos informations, les opérations ont commencé vers le 18 février par un bouclage complet d'une zone de 625 kilomètres carrés dans l'Adrar des Ifoghas par des éléments français et tchadiens, sans doute épaulés au nord par l'armée algérienne bloquant la frontière avec le Mali, tout pick-up cherchant à quitter la zone étant systématiquement "tapé". Toujours selon nos informations, très incomplètes, deux puissantes colonnes, l'une française, l'autre tchadienne, sont entrées par des voies différentes dans le massif. Ces deux éléments bénéficiant d'appuis fournis par les aéronefs français.
Au contact des troupes terrestres, des appareils de l'armée de l'air et des hélicoptères Tigre de l'armée de terre fournissent le CAS (Close Air Support, appui aérien rapproché, NDLR), tandis que des frappes "stratégiques" sont effectuées dans la profondeur par des avions de combat, hors de portée des forces au sol. Dans la soirée du samedi 2 mars, les troupes françaises et tchadiennes progressant pas des voies différentes ont effectué leur jonction, dans une zone considérée comme le coeur de l'implantation d'Aqmi. "On est dans le nid des guêpes, là où on voulait aller. On frappe les terroristes au coeur, c'est un coup formidable contre les ennemis de la France", affirme à Paris une source proche des services de renseignements.

Source: Lepoint